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4 April 2016

Articolo Marc Verney - Italie | Agriculture et Pêche | Commerce et Echanges | Union européenne | PAC

[Reportage] Italie: la renaissance du vignoble sicilien

Par Marc Verney Publié le 28-03-2016 Modifié le 29-03-2016 à 06:58
mediaEn Sicile, se trouve le plus grand vignoble italien et l'un des plus diversifié qui soit.Photo: Marc Verney / RFI

En 2015, une bouteille de vin sur cinq vendue dans le monde est italienne. Le pays est même désormais le premier exportateur devant la France et l’Espagne, selon l’Organisation internationale du vin (OIV). Une réussite de la politique agricole européenne qui souligne l’évolution de la qualité des produits, soumis à des contrôles plus stricts. L’Italie est ainsi le premier pays en Europe pour le nombre de ses vins classés, selon la Confédération européenne de cultivateurs (Coldiretti). RFI est allée en Sicile, le plus grand vignoble du pays, là où toute une génération de vignerons se bat au quotidien pour produire des vins d’une qualité remarquable, renouant avec une histoire millénaire.

Non loin du village de Camporeale, à une bonne heure de route de Palerme, le vigneron Francesco Spadafora nous reçoit sur la terrasse de son domaine, qui surplombe un doux paysage de collines plantées de vignes et d’oliviers. « Ici, la terre est travaillée depuis 2000 ans, dit-il, on a même trouvé d’anciennes pièces romaines dans les champs, alors j’aborde mon sujet avec grande humilité ». C’est que l’île et ses vins ont une histoire multiple, raconte le guide-conférencier et spécialiste de l’histoire de la Sicile, Jean-Paul Barreaud : « Tour à tour conquise par les Phéniciens, les Grecs, les Arabes, les Normands, les Angevins et les Espagnols, la Sicile est un concentré d’histoire méditerranéenne. C’est même l’une des terres à l’origine du vin car ce sont les Phéniciens, avec les Grecs, qui y inventent la vinification entre le Xe et le VIIIe siècles avant notre ère… ». Et, sur les nombreux sites archéologiques de l’île, on y a retrouvé, indique-t-il encore, des zones de foulage des grappes qui mènent à des citernes de stockage.

« Il faut savoir, précise aussi Jean-Paul Barreaud, que l’on a trouvé dans le port de Marseille des amphores qui portaient le cartouche du producteur du vin d’Alcamo, ainsi exporté dans la Gaule narbonnaise ». De même, un très ancien cépage local est cité dans L’Odyssée d’Homère. Puis Rome poursuit la culture des vignobles, transformant ses légionnaires vétérans en agriculteurs, habile façon d’implanter durablement la culture romaine dans l’Empire et d’assouvir les besoins alimentaires toujours plus grands des populations et des armées en opération… Les Byzantins et les musulmans cultivent eux aussi la vigne. On doit notamment à ces derniers l'excellent zibibbo (« raisin doré » en arabe) dit aussi muscat d'Alexandrie. Cependant, pour Jean-Paul Barreaud, le deuxième grand moment dans l’histoire des vins siciliens remonte au XVIIIe siècle avec l’arrivée des industriels anglais : « Ceux-ci viennent investir dans les mines de soufre (qui aide à la lutte contre un champignon responsable d’une maladie des vignes, l’oïdium, ndlr), et ils découvrent dans la région de Marsala, un vin d’assemblage extraordinairement souple qu’ils vont bonifier dans des fûts de chêne et embouteiller à Londres après ajout d’alcool ». Ainsi naît le célèbre marsala, vin muté issu d'une exposition au soleil identique à celle utilisée pour le xérès en Espagne ! La troisième période est moins faste. Durant une grande partie du XXe siècle, la Sicile produit de grandes quantités de raisins, dont la majeure partie est exportée pour être ajoutée à du vin fabriqué dans d’autres contrées.

La noblesse de la terre… en bio !

Francesco Spadafora: «Je voulais sortir de la logique de productivité qui prévalait jusqu’à mon père».Photo: Marc Verney / RFI

Aujourd’hui en 2016, la spécialisation de la Sicile dans le vin en vrac est bien révolue. Grâce à une climatologie favorable, les vignerons peuvent compter sur les vents secs et chauds venus du Sahara qui limitent fortement l’irruption des maladies liées à l’humidité, favorisant l’essor de la culture bio qui représente à présent 20% du vignoble. Francesco Spadafora est l’un de ceux-ci. Avec des ancêtres anoblis au XIIIe siècle par un descendant de l’empereur Frédéric Barberousse, l’homme sait pourtant garder les mains dans la terre afin de produire des blancs et rouges souples et racés à partir de cépages locaux et « internationaux » sur la centaine d’hectares de son Azienda Agricola Virzi. « Ma première bouteille date de 1993, explique-t-il, dans un élégant français, car je voulais sortir de la logique de productivité qui prévalait jusqu’à mon père, qui vendait son raisin au poids à de grandes coopératives… Maintenant, mon rendement est tout autre et la qualité de mon vin ne cesse de s’améliorer ».

Ici, le raisin pousse à une altitude comprise entre 200 et 400 m. La température varie de 10° à 15° entre le jour et la nuit, et les vendanges se déroulent du mois d’août au mois d’octobre. Francesco Spadafora réalise une quinzaine de crus dont un Don Pietro rouge, hommage à son père, assemblage de nero d'Avola, de cabernet sauvignon et de merlot au bouquet riche et fruité. Mais, esprit de famille oblige, il a également baptisé du nom de sa fille un vin mousseux frais et lumineux, l’Enrica Spadafora, fabriqué en monocépage grillo. Sa philosophie est simple : « Notre expérience, par rapport au travail de la vigne en France, est plus faible. Donc on doit beaucoup travailler. Le choix de me lancer dans le bio m’a paru évident ». Spécificité sicilienne, il faut se protéger du soleil : « Ici, il faut faire attention à la luminosité. Mes vignes font environ 1,80 m de haut avec un feuillage touffu, protecteur, qui, de plus, donne de l’oxygène au raisin ».